mardi 18 mars 2014

Mes années d'hyperphagie...mes années d'enfer...!!!

Je vous parlais ici il y a quelques semaines de comment les régimes m'avaient foutu en l'air...je ne vais pas revenir dessus...je vais aborder un autre aspect de toute cette merde dans laquelle je me suis engouffrée suite à ce 1er foutu régime...

Après ce 1er régime je suis donc entrée dans l'aire du YO-YO, le fameux, alternant les périodes de pertes de poids et les périodes de prise et de reprise de poids...augmentant mon poids de forme au fil des années...

J'alternais donc des périodes de grosse frustrations alimentaires, et des périodes où je m'empiffrais comme une truie...oui, c'est comme ça que je me voyais, une grosse truie, énorme et dégueulasse qui ne pensait qu'à bouffer...mon estime de moi à cette période était plutôt médiocre vous vous en doutez...

Je ne sais pas trop à quel moment les crises ont commencé, je ne me rappelle pas bien de toute cette période, ou plutôt de toutes ces crises, je crois que mon cerveau a décidé de mettre tout ça de côté, dans une petite boîte bien fermée...

Ce que je sais c'est que j'ai souffert d'hyperphagie entre 15 ans et 25 ans...10 putain d'années!!!

L'hyperphagie, si vous ne connaissez pas, mais j'en doute, ce sont des crises où l'on avale tout ce qui nous tombe sous la main, et à l'inverse de sa cousine la boulimie on ne se fait pas vomir...ce n'est pas faute d'avoir essayé, mais je n'y suis jamais parvenue...ayant pour conséquence une prise de poids rapide et conséquente me menant tout droit à la case "Obèse"...

Ces crises pouvaient me prendre n'importe quand, mais je ne pouvais pas toujours les assouvir, vivant chez mes parents. Au réveil j'étais capable de m'avaler le reste du plat de pâte de la veille, même pas réchauffé, en 2 mins chrono, et j'enchaînais sur le pti déj, que je prenais bien sûr plus que copieux...je ne sais même pas comment j'arrivai à me rendre en cours dans cet état et surtout à suivre en classe...forcément après ces crises je me sentais mal, comme une merde, comme une moins que rien, comme une grosse vache...j'étais mal dans ma tête et dans mon corps...

Je ne pouvais donc pas faire de crise quand je le "voulais", je vivais chez mes parents, et bien sûr je leur cachais...même si bien sûr ils se rendaient compte que quelque chose clochait car la bouffe disparaissait et moi j'enflais à vue d'oeil...ils n'ont pas mis bien longtemps à comprendre le rapport de cause à effet...Mais la psychologie n'étant pas leur fort pour eux j'étais juste une grosse gourmande qui ne pensait qu'à bouffer...c'était déjà pas mal compliqué avec mes parents car nous avions (et avons toujours) des idées aux antipodes, mais ajouter à ça le fait que je devienne obèse alors qu'ils ne supportent pas les gros, vous imaginez bien que ça ne m'aidait pas beaucoup à me sentir mieux....je me rappelle même d'une période où mon père me faisait monter sur la balance tous les dimanches matin au réveil, et si je n'avais pas perdu 1 kg par rapport à la semaine précédente, ou même pire, si j'avais grossis, je vous passe les détails, mais je passais un très très mauvais moment...

Comme il m'était difficile d'assouvir mes crises chez mes parents, je les assouvissaient très souvent chez mes grands-parents, le dimanche essentiellement, jour de sortie pour eux, j'y étais seule et "tranquille" avec des placards regorgeant de tout ce dont j'avais besoin pour ça...

Forcément, à force de grossir mon état est devenu un gros souci pour ma santé, et c'est là que ma mère a commencé à me traîner de nutritionnistes en diététiciens, et inversement, et comme je vous l'expliquais dans mon précédent billet j'ai même frôlé l'hospitalisation...

Ce qui me choque le plus dans tout ça, avec le recul, c'est qu'à aucun moment on a abordé l'aspect psychologique de mon état, pas une fois un médecin n'a émit la possibilité que j'étais peut-être mal dans ma peau pour une raison précise et qu'il faudrait travailler à ce niveau là...je n'ai mis un mot sur ma maladie que des années plus tard, par hasard en voyant un reportage à la TV (c'était à la mode ce genre de reportages il fut un temps, on ne se sent pas du tout bête de foire...)...

J'ai donc continué à enchaîner les régimes, sans soigner le fond du problème...

Je suis parvenue par je ne sais quelle miracle à perdre une vingtaine de kilos, kilos non repris à ce jour, mais je me traîne toujours 15 kgs de trop dont je ne me dépatouille pas quoique je fasse...d'où ma lassitude des régimes inutiles et de mon envie d'arrêter d'en faire...

Aujourd'hui je n'ai plus de crise, depuis plus de 10 ans maintenant, je me considère donc sortie d'affaire (le suis-je vraiment???)...mais la nourriture est et restera un problème jusqu'à la fin de ma vie, malheureusement...J'ai même développé des TOC alimentaires, à me voir compter le nombre de gâteaux que je mange (il faut que je reste sur un nombre pair), je ne le fais plus mais j'ai longtemps été une obsédée de la calorie à analyser tous les emballages de bouffe, à trier dans ma tête les bons des mauvais aliments...J'ai des restes de toutes ces déviances accumulées au fil des années...et c'est usant...surtout que bien sûr ce n'est pas le genre de choses dont on parle...

Je n'ai jamais vu de psy, j'ai essayé une fois, mais je n'arrive pas à me livrer, je n'ai pas confiance, je ne suis pas certaine que ça puisse m'aider vraiment...je n'ai donc jamais travaillé sur mon problème avec un médecin...les crises se sont juste arrêtées...elles ont cessé quand j'ai rencontré Zhom et emménagé avec lui...

Je pense que si l'une des raisons de ces crises était liée au fait de mes régimes et de la frustration qu'ils ont engendré, je crois que le mal-être que je ressentais en vivant chez mes parents n'y était pas étranger non plus...le fait de prendre enfin mon indépendance, et de m'installer avec mon chéri m'a libéré d'un poids qui a fait que les crises ont disparu du jour au lendemain...

Tout n'est malheureusement pas réglé, et ne le sera sans doute jamais, mais aujourd'hui, à l'aube de la quarantaine, je pense avoir fait le deuil de ce corps que je n'ai jamais eu et que je n'aurai jamais, je pense avoir compris que les régimes sont inutiles et qu'une alimentation saine et variée est à privilégier, je pense que j'aurai toujours un souci avec la bouffe comme les anciens alcooliques avec la bouteille, je pense que tout est très loin d'être résolu dans ma tête mais que j'arrive à vivre avec sans que ça ne me bouffe et m'empêche de vivre ma vie normalement...Je pense qu'à l'aube de la quarantaine je suis en passe d'acquérir une certaine sagesse vis-à-vis de mon corps, du moins je l'espère et veux y croire...et je vais essayer de travailler à m'accepter comme je suis plutôt qu'à vouloir me changer à tout prix, et dans cette quête je crois qu'il y aura des hauts et des bas...

Aujourd'hui je me sens bien mieux dans ma peau que 20 ans en arrière, et ça c'est déjà une grande victoire pour moi...

J'espère que cet article, s'il vous touche de près ou de loin, pourra vous apporter un petit quelque chose, ou même vous aider à vous comprendre vous ou un proche...j'ai voulu montrer que l'on peut en sortir, que ce n'est pas une fatalité, et ainsi redonner espoir à toutes les personnes souffrant de ce genre de troubles du comportement alimentaire...

6 commentaires:

  1. Pas facile tout ça... Ma soeur a été anorexique pendant plusieurs années et a eu beaucoup de mal à s'en sortir. Je crois que ça n'a vraiment été mieux qu'en devenant maman. Mais je pense aussi qu'elle aura toute sa vie un p'tit quelque chose dans sa tête qui lui dira "attention".

    Perso, je ne suis pas pour les psy non plus... le mieux est encore de te trouver ton confident à toi, qui pourra t'aider à sa façon. (et qui ne te demandera pas d'argent en plus !!)

    Tu as fait un travail énorme sur toi-même toute seule en attendant et tu peux en être fière. !

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    1. C'est vrai que de devenir maman ça a changé beaucoup de choses aussi...Et malheureusement oui ça reste toujours quelque part en nous...

      Merci pour ce message...

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  2. Ton article m'a beaucoup touché et j'imagine qu'il est difficile d'écrire des choses aussi personnelles mais peut être aussi c'est un moyen, une nouvelle fois, de se sentir plus "légère". Je pense que nous sommes nombreuses à avoir des habitudes alimentaires particulières, compliquées soit pour combler un manque ou tout autre chose et puis des fois il y a un déclic. Je suis bien trop gourmande (et je se serai malheureuse de devoir me priver) alors les petits kilos en trop je les garde :) et j'essaye d'équilibrer en mangeant léger le soir ou avec de longues balades à vélo :) Tout est dans le compromis et non dans la frustration.

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    1. Merci beaucoup...
      C'est toi qui a raison, il faut savoir se faire plaisir sans abuser, et ne pas chercher un idéal qui ne nous correspond pas...
      Si j'avais su je serai restée avec mes 4 pauvres kgs de trop du début et je n'en serai pas là aujourd'hui...mais on ne revient pas en arrière, et l'essentiel est d'avancer...
      Effectivement la frustration ne mène jamais à rien de bien...

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  3. L'hyperphagie ce n'est pas drôle et peu de personnes en parlent. Génial ton article en espérant qu'un maximum de personnes le lisent.
    Aujourd'hui je ne fais plus de crises d'hyperphagie et comme toi je n'ai pas consulté, je m'en suis sortie toute seule mais ça n'a pas été facile.

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    1. De plus tout le monde parle de l'anorexie et de la boulimie, mais l'hyperphagie n'est jamais abordée dans les troubles alimentaires alors que c'est pour moi tout aussi grave et complexe...J'ai hésité longtemps avant d'écrire cet article car je m'y livre et certains de mes proches me lisent et n'étaient pas forcément au courant, mais si ça peut aider alors ça n'aura pas été vain...

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